Autoroute Abidjan-Grand Bassam : Des habitudes ternissent le joyau de l’émergence

D’un coût total de 60 milliards de Fcfa, l`autoroute Abidjan-Grand Bassam, longue de 23,2 km, est achevée. Depuis maintenant plusieurs semaines, des ouvriers à la tâche installent des lampadaires sur le tronçon Port-Bouët - Gonzagueville - Anani.

Divisée en deux sections, à savoir le tronçon Port-Bouët - Gonzagueville, d’une distance de 6,9 km et celui de Gonzagueville - Grand Bassam, de 16,3 km, l’Autoroute Abidjan-Grand Bassam s’inscrit dans le projet de la route côtière transafricaine Dakar - Abidjan - Lagos.

Selon le ministre de l’Economie et des finances de l’époque du lancement des travaux, Charles Diby Koffi, qui a apposé sa signature au nom de l’Etat de Côte d’Ivoire, c’est « un acte majeur dans la relance de l`économie ivoirienne ».

Car, a-t-il indiqué, « Il va permettre de valoriser le grand potentiel touristique de la ville de Grand-Bassam et des cités balnéaires voisines, et de contribuer au développement d`une industrie touristique en Côte d’Ivoire ».

Pour lui, également, cette autoroute « participera à l`essor de la zone franche de la biotechnologie et des technologies de l`information et de la communication installée (Vitib) ». Mais aussi et surtout, « ce projet va contribuer au désengorgement d’Abidjan, la capitale économique ».

Une convention de prêt, d`un montant d’environ 52 milliards de Fcfa, signée entre l’Etat ivoirien et le gouvernement chinois a permis de démarrer cette voie internationale qui s’achève avec la phase d’électrification.

Le Premier ministre, Daniel Kablan Duncan, eh Août dernier, en compagnie des ministères en charge du projet et des autorités politiques et administratives de la ville de Grand-Bassam, a fait une visite de terrain pour s’assurer de la réussite de l’ouvrage qui va être ouvert au trafic depuis la visite d’Etat du président Alassane Ouattara, les 14 et 15 septembre 2015, dans la région du Sud Comoé.

« J’ai le plaisir de vous annoncer que l’autoroute est ouverte à la circulation à partir de ce jour. Je reviendrai l’inaugurer en novembre quand on aura terminé les travaux d’électrification » avait déclaré le Président Alassane Ouattara, sous un tonnerre d’applaudissements, le 14 septembre 2015 au meeting du stade municipal de la cité historique.

VIVRE EN PROVINCE ET TRAVAILLER À ABIDJAN

Des avantages que tirera la Côte d’Ivoire de cette autoroute (indiqués plus haut par le ministre Charles Diby Koffi), le tout dernier semble être le plus palpable en ce moment.

Abidjan, effectivement, se désengorge. Il n’y a qu’à estimer le nombre de véhicules personnels qui mettent le cap sur Abidjan, tous les matins en provenance des villes comme Grand-Bassam, Bonoua, Aboisso, Adiaké etc. Désormais, beaucoup préfèrent vivre en province et travailler à Abidjan.

Cette autoroute, selon des experts du ministère des Infrastructures économiques, a le trafic le plus important en Côte d`Ivoire, avec 13.000 véhicules par jour. Mais déjà, elle est en passe d’atteindre 20.000 véhicules par jour et même plus pendant les week-ends et les jours fériés.

Heureux sont les usagers qui empruntent cette autoroute dont les travaux de réalisation, il y a plus de deux ans, étaient pour eux la croix et la bannière, en raison des embouteillages interminables L’autoroute de Grand Bassam donne fière allure.

L’autoroute est ouverte à la circulation avant son inauguration officielle de jour comme de nuit. Narcisse Kra, responsable chargé de l’Insertion des jeunes à la mairie de Grand-Bassam, ne cache pas sa joie. « C’est devenu plus facile pour moi. Je mets désormais 30 minutes pour me rendre à mon poste à Grand-Bassam, alors que j’habite Marcory », nous a-t-il confié.

Pour un autre travailleur qui a voulu garder l’anonymat, c’est une de grande portée : «en 45 minutes, je rallie les Deux-Plateaux à Grand Bassam à bord de mon véhicule. Le pont Henri Konan Bédié et l’autoroute me facilitent énormément ce voyage. Maintenant que l’axe Anani-Moossou est ouvert (l’autre tronçon de l’autoroute), je rallie les deux localités en moins de 50 minutes». Outre le gain de temps, l’autoroute se présente aussi comme un important atout pour la sécurité des usagers.

FIN DES EMBOUTEILLAGES

Des milliers de voitures, de cars, de camions poids lourds en circulation sur le territoire ivoirien ou en provenance des pays limitrophes que sont le Ghana, le Togo, le Mali et le Burkina Faso empruntent quotidiennement la voie Abidjan-Grand Bassam. Le point culminant de ce trafic est atteint les week-ends avec les véhicules des touristes, des excursionnistes, des voyageurs en direction des villes et villages du Sud Comoé qui en rajoutent aux passages à vive allure, aux dépassements dangereux, aux coups de klaxons stridents. Dans cette grisaille, les embouteillages étaient aussi fréquents qu’inévitables. Le cul-de-sac s’étendait parfois des cocoteraies de Modest au Rond-point "akwaba" à Port-Bouët. Cette situation pouvait durer des heures, avec des pannes de véhicules dont les moteurs chauffaient. Des accrochages en rajoutaient à l’embouteillage. Certains automobilistes, malheureusement, choisissaient ce moment pour donner dans l’incivisme. Las d’attendre ou pressés d’arriver à leur destination à Abidjan, ils créaient des "doubles lignes", c est-à-dire une voie secondaire qui empiète sur la voie à l’opposé. Des retards au travail et à des rendez-vous parfois importants étaient le lot quotidien des usagers de cette voie Abidjan Grand-Bassam. Même des ambulances en situation d’urgence avaient du mal à se frayer un chemin pour évacuer les malades sur l’un des grands Chu d’Abidjan.

DES DIFFICULTÉS DEMEURENT ENCORE AUJOURD’HUI

Fort heureusement, les autorités ivoiriennes ont veillé à réaliser ce projet combien important de l’autoroute Abidjan-Grand Bassam. Cette promesse électorale du président Alassane Ouattara est devenue réalité à la grande satisfaction de tous les usagers. Désormais, il n’y a plus d’embouteillages sur le tronçon Abidjan-Grand Bassam. Toutefois, l’avènement de l’autoroute n’a pas réglé tous les problèmes. Le marché d’Adjouffou continue de ternir l’image de cette autoroute. En effet, depuis plusieurs années, ce marché, en bordure de voie, déborde tous les mardi et samedi "des jours de marché". Des vendeuses occupent la chaussée avec leurs marchandises. Des sacs de pâte de manioc communément appelée "placali", des cuvettes de manioc, des régimes de bananes occupent parfois l’une des trois voies de l’autoroute. Des charrettes, des véhicules wôrô-wôrô, des mini-cars en provenance de Grand Bassam, d’Aboisso, garent également à ce niveau. Créant un véritable désordre. Des risques d’accidents sont courants et rien n’est fait par les autorités pour circonscrire ce marché dans son espace initial. En érigeant, par exemple, une clôture. A ce phénomène, il faut ajouter la mauvaise conduite qui est l’apanage des chauffeurs de wôrô-wôrô et gbaka toujours pressés d’observer un stationnement et de repartir aussitôt. Rien n’est fait pour les sensibiliser à une bonne conduite sur cette voie devenue désormais une autoroute. Choses bizarres qui donnent des frayeurs sur l’autoroute Abidjan-Grand Bassam, c’est bien l’attitude de nombreux piétons. De jour comme de nuit, jeunes, hommes, femmes parfois avec bébé au dos traversent cette grande voie (trois fois deux voies), au mépris des trois ponts piétons qui ont pourtant été réalisés pour leur sécurité. En effet, il est de notoriété qu’à proximité des ponts piétons, des personnes bravent dangereusement les véhicules lancés à vive allure en traversant la voie. Par ailleurs, il serait judicieux que les constructeurs de cette autoroute pensent à bitumer le terre-plein, car le sable qui y a été déversé déborde sur la chaussée à plusieurs endroits. DÉGUERPISSEMENTS SALUTAIRES Au-delà de l’électrification de cette voie, les usagers saluent le déguerpissement des populations du bord des plages. « Cela nous évite des risques d’accidents surtout la nuit. Il y avait toujours des accidents quand les gens habitaient là. Des véhicules fauchaient des femmes et surtout des enfants qui traversaient n’importe comment. Avec ce déguerpissement, tout ça devient un mauvais souvenir », témoigne M. Traoré Seydou, fonctionnaire à Abidjan. Non sans se réjouir que le Président Alassane Ouattara ait annoncé que l’autoroute n’est pas à péage. Quant à dame Assétou, elle estime qu’il est « bien que les bordures de plages aient été déguerpi de leurs occupants. Parce qu’il y va de la sécurité de tous. Mais aussi, il est bon de savoir que la vue sur la mer est aussi l’une des beautés naturelles d’une ville ou du pays qu’il ne faut pas cacher, qu’il faut mettre en exergue ».

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