Carrefours d’Abidjan: les wôrô-wôrô installent le désordre

Il est 18h 30 ce mardi 10 novembre au « carrefour la vie » dans la commune de Cocody. Les bruits de klaxons et les ronflements de moteurs créent un véritable chahut. Ce spectacle est l’œuvre des chauffeurs de wôrô-wôrô qui créent un véritable désordre à cet endroit.

Cette situation se vit, de jour comme de nuit, au niveau du «carrefour la vie». Qu’est-ce qui en est l’origine ? Il y a quelques mois, le maire de Cocody avait pris la vigoureuse mesure de mettre de l’ordre dans l’univers du transport et des gares anarchiques dans sa commune. L’acte annoncé consistait à mettre fin au règne de quelques individus qui installaient des gares routières à quelques endroits qu’ils jugent propices. Les déguerpis de l’ancien espace sportif, bon gré mal gré transformé en centre commercial et en gare, entre 2005 et 2011, se sont réinstallés dans le ravin, coté SODEFOR du Carrefour la vie, précisément à l’endroit où l’entreprise LEV avait installé ses containers pendant ses travaux d’aménagement du bassin entre l’école de police et la paroisse St. Jacques de Cocody. Pour l’opération du Maire, police et médias ont été mobilisés. Il y a eu des tentatives pacifiques puis d’autres musclées pour la libération de l’espace. Il y a eu aussi de la ruse et de la résistance. Les menaces et déclarations ont fusé de toutes parts. Chaque camp semblait déterminé: le maire a fermé la gare. Après des jours de pression, la fameuse gare du carrefour la vie est fermée; barricadée même par une clôture précaire de feuille de tôles. Pour veiller au respect de la mesure, une horde d’hommes en uniformes noirs, des CRS, faisait le guet chaque matin pour interpeller les conducteurs. Chaque matin les conducteurs revenaient se mettre en file sur le trottoir de l’axe ‘’#’’ allant vers le boulevard Latrille. Quand ils sont délogés ou chassés de ce trottoir, ils tournent pour s’installer de l’autre côté. Ainsi pendant quelques jours, ce jeu cde ruse s’observait entre conducteurs et policiers. Les nombreux matins qui ont suivi l’action du maire, n’empêchaient pas les clients et habitués de cette gare de taxis banalisés de se présenter au point d’embarquement pour se rendre à leur lieu de travail.

Services rendus et dangers

En effet, malgré leur illégalité (décriée sans succès par les propriétaires et syndicat de taxis compteurs), les services qu’ils rendent à la population abidjanaise sont incommensurables. De ce bras de fer avec le maire de Cocody, les transporteurs ont fini par créer une nouvelle gare au niveau du carrefour la vie. Au début, ils chargeaient rapidement sur la chaussée en profitant du feu rouge. Les clients se ruaient sur la chaussée dès qu’ils en aperçoivent un qui dessert leur destination. Aujourd’hui, les choses semblent être officialisées. Une gare s’est installée sur les trottoirs du carrefour la vie de Cocody, mettant ainsi en danger la vie des piétons qui se trouvent obligés soit de partager un bout de la chaussée avec les véhicules en circulation, soit de se faufiler entre les véhicules illégalement et dangereusement stationnés. «On est obligé de s’installer à cet endroit afin de pouvoir charger pour gagner notre pain quotidien», explique un conducteur de wôrê-wôrô qui dit comprendre les dangers qu’ils font courir aux piétons. «Chaque matin, c’est le même scénario, alors que des policiers sont toujours postés à cet endroit, mais ne font absolument rien pour empêcher cela. On croirait qu’il existe une complicité entres les syndicats, les chauffeurs de taxis banalisés et la police, sinon comment comprendre qu’après les avoir chassés, les policiers qui stationnent tous les matins sur le terre-plein les observent se garer pour charger leur véhicule sur le trottoir sans mot dire», se désole un usager de la route.

Grand carrefour de Koumassi: l’anarchie !

Au niveau du grand carrefour de Koumassi, les conducteurs de taxis banalisés ont installé l’anarchie, en stationnant à tort et à travers. Sur le trottoir comme en pleine chaussée, ils garent comme ils veulent, à la recherche de potentiels clients mettant quotidiennement pour ainsi dire les piétons en danger. «Aujourd’hui, nous n’avons plus d’endroit pour stationner, les gens ont construit des magasins sur le site de notre gare, c’est pour cette raison que nous sommes obligés de stationner n’importe comment et n’importe où», explique Servais Yao, conducteur de taxi banalisé de la ligne Yopougon-Koumassi. Effectivement, le spectacle est ahurissant. Lorsque le feu côté zone 4 est rouge et que les piétons veulent traverser pour se rendre du côté du centre commercial «Djé Konan», c’est chaque jour qu’ils sont confrontés à des conducteurs imprudents qui sortent de nulle part et qui foncent sur eux. Au niveau du grand carrefour, déjà plusieurs accidents ont été signalés par la faute de ces indélicats chauffeurs. C’est donc le lieu d’interpeller les autorités en charge du transport en Côte d’Ivoire afin qu’une solution soit trouvée, puisqu’il faut l’admettre ces taxis banalisées longtemps combattus, rendent d’énormes services à la population. De cette manière, chercher à les installer une fois pour toutes dans des gares aiderait à éviter l’anarchie.

Roger KASSE
La Synthèse

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