Déguerpis depuis 2 mois : Dans la galère des 900 garagistes de Treichville

Déguerpis le 22 février dernier, d’un site de 3,5 hectares dans la commune de Treichville, 900 garagistes sont désemparés. Ils sollicitent l’intervention du président de la République pour trouver une solution au problème.

Cela fait deux mois que les garagistes installés sur la berge lagunaire du quartier Biafra située derrière le commissariat de police du 29ème arrondissement dans la commune de Treichville ont été déguerpis.

Au nombre de 900, ces opérateurs économiques occupaient ce site de 3,5 hectares depuis 11 ans. La semaine dernière, nous les avons rencontrés aux alentours dudit site. Ils nous ont fait partager leurs difficultés du fait de leur non-récasement.

Certains ont perdu espoir et entretiennent l’idée de riposter. Pendant ce temps, il y en a qui se débrouillent en réparant des véhicules à côté du site sur lequel d’importants travaux sont en train d’être réalisés.

Une grande clôture y a été construite. Les artisans déguerpis menacent de la démolir si les autorités ne donnent pas une suite favorable à leur sollicitation. «Nous demandons au président de la République de trouver une solution à notre problème. L’Etat ne peut pas nous jeter dans la rue. Nous préférons mourir que de quitter le site puisque nous ne savons pas où aller. Il faut qu’on nous dise ce qui sera construit sur le site. Si rien n’est fait, ce qui va se passer à Biafra sera catastrophique. Car on ne peut plus maîtriser un homme affamé», a déclaré Kacouba Kacou, un garagiste.

Les artisans dénoncent le mépris avec lequel ils ont été traités et signalent la disparition de certains véhicules enlevés sur le site par les services du District d’Abidjan. En 2013, l’actuel ministre du Commerce, Jean-Louis Billon s’était rendu sur le site et avait rassuré l’ensemble des garagistes en ces termes: « Vous resterez ici jusqu’à ce qu’on vous trouve un autre site de récasement. De plus, j’aimerais préciser que le site que vous occupez est un domaine public. Donc si quelqu’un vous dit qu’il a un titre foncier, il ne dit pas la vérité », avait confié le ministre.

Que s’est-il donc passé pour qu’on vienne déguerpir ces artisans ?

Bamba Amidou (l’Union des garagistes professionnels de Côte d’Ivoire (UGPCI): « Nous­ demandons­ le­ soutien­ du président­ de­ la­ République »

«Nous avons été victimes d’un déguerpissement abusif qui a eu lieu le 22 février à 04 heures du matin. Les policiers nous ont fait savoir qu’ils ont été envoyés par le District d’Abidjan. Il se raconte tantôt que c’est un Libanais qui a payé le site, tantôt que c’est le District.

Lorsque l’affaire a éclaté, le Premier ministre d’alors, Guillaume Soro, nous avait précisé que c’est un espace vert. Aujourd’hui, nous considérons qu’on n’a pas respecté ce que le Premier ministre a dit. Nous demandons l’aide du président de la République pour nous aider à gérer cette situation.

Nous nous demandons si le Gouverneur du District est informé, si oui pourquoi il ne réagit pas ? S’il n’y a pas de microbes, de bandits à Treichville, c’est parce que chacun est occupé. Mais si on prend de force ce site, les enfants vont faire quoi ? Ce sera l’insécurité comme à Abobo.

Nous demandons qu’on nous réinstalle sur le site. Plusieurs de nos véhicules ont été enlevés et déposés en différents endroits, à Yopougon, Marcory et Treichville. Pour récupérer nos véhicules, on nous demande 80.000 F par engin. Les poids lourds sont à 160.000 F.

Après la première semaine, nous devons payer 3.000 FCfa de surtaxe par jour. Les propriétaires de véhicules nous menacent. Nous avons assez de problèmes. Nous demandons le soutien du président de la République».

Diarra Mamadou, Secrétaire général de l’Ugpci : «Des ­personnes ­nous poussent ­à­ bout­»

«Nous pensons qu’on cache la réalité des faits au président de la République. On ne lui dit pas la vérité. Comment on peut vendre un espace public à un Libanais ? C’est du jamais vu. On lui cache tout.

Nous employons beaucoup de jeunes ici. Nous avions voulu faire des manifestations. Mais nous avons pensé à l’attaque de Grand Bassam et aux évènements survenus à Bouna. C’est pourquoi nous nous sommes abstenus de toutes manifestations.

Mais si les choses continuent, nous serons obligés de nous faire entendre. Nous savons que c’est une injustice et je pense que des personnes nous poussent à bout. Si personne ne vient à notre secours, nous allons réagir pour notre dignité.

On nous emmène ici des étudiants de l’Agefop, le Ceti et d’autres élèves pour des stages pratiques. Que les autorités trouvent rapidement une solution»

Traoré Daouda (Garagiste) : «Si­ le ­Président ­Ouattara n’intervient ­pas...­»

Nous sommes très écœurés. Je ne sais pas si on veut chasser les Ivoiriens pour donner nos biens aux étrangers ? Si nous voulons lutter contre les microbes et la délinquance juvénile, alors il faut aider les garagistes à avoir des sites afin de prendre tous ces jeunes avec nous. Seul le président de la République peut nous aider. J’employais quatre (4) personnes. Aujourd’hui, je ne sais pas ce qu’elles sont devenues. Si le Président n’intervient pas, je sais qu’un jour on entendra parler de nous. C’est pourquoi nous lui demandons de prendre le dossier en main et régler ce problème.

Mindi Nelson (Enfants garagistes) : «­Plusieurs­ enfants­ sont allés ­dans­ la ­rue­»

Depuis notre déguerpissent, plusieurs de mes amis sont retournés dans la rue. Car c’était difficile et ils n’arrivaient pas à manger. Que les autorités essaient de trouver une solution au problème, sinon on ne sait plus ou mettre la tête. Nous sommes enfants et nous ne voulons pas voir nos parents souffrir. Tous les matins, nous nous trouvons ici sans une occupation. On échange et on part à la maison.

Sangaré Mamadou (Garagistes): «­Tous­ les­ enfants­ sont­ devenus des ­vrais ­vagabonds­»­

Nous avons l’impression qu’on n’accorde pas du crédit aux mécaniciens. Ils sont chassés comme des malpropres. Et pourtant nous abattons un travail remarquable. Lorsqu’un enfant n’arrive pas à avancer dans les études, on le confie à un mécanicien et c’est dans ce métier qu’il prospère. On donne cet espace à un Libanais. C’est quel Ivoirien qui peut se lever ici pour aller au Liban et avoir une telle opportunité. Ce n’est pas faisable. Aujourd’hui tous les enfants sont devenus de vrais vagabonds. C’est un danger pour notre sécurité. Nous ne voulons pas de violence. C’est pourquoi, une fois de plus, nous interpellons le président de la République.

Benjamin Soro
Le Mandat

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