Daoukro : Quand le gaz remplace le carburant

Les chauffeurs de taxis ont trouvé un moyen pour tirer le meilleur profit de leur activité.

A Daoukro, la pénurie de gaz est récurrente. Pas parce qu’il est beaucoup utilisé dans les foyers ou ménages, mais plutôt à cause des chauffeurs de taxi qui préfèrent l’utiliser au détriment du carburant.

Il ne se passe pas de jour sans que les populations ne s’interrogent sur ce manque criant de gaz dans leur localité. Ignorant, pour la majorité, que les taxis qu’elles empruntent au quotidien roulent, le plus souvent, au gaz.

C’est le cas de Kouakou Mehou, secrétaire gé- néral de la Direction régionale de l’éducation nationale (Dren) de Daoukro, avec qui nous avons échangé sur la question, le 30 août, qui s’interroge sur les motivations de ces conducteurs :  « Pourquoi faire courir tous ces risques aux populations au moment où le prix du carburant a baissé  ?  ».

Les chauffeurs de taxi que nous avons approchés affirment que c’est plus économique et profitable. « Nous savons que le carburant est à un prix abordable, mais le gaz nous arrange plus », lance Ouattara Ahmed, l’un d’eux. « Nous faisons ce qui peut nous permettre de tirer le meilleur profit de notre activité », renchérit Koffi Hilaire, un autre utilisateur du gaz.

À la question de savoir s’ils n’ont pas connaissance que cela est interdit, ils clament qu’ils le savent. Néanmoins, ils l’utilisent car pour eux, Daoukro n’est pas la seule ville où ce phénomène existe. «Nous sommes conscients que cela est interdit. C’est pourquoi, nous nous cachons pour le faire. Mais ce n’est pas seulement à Daoukro que ça se passe  », souligne Oula Paul.

Et d’indiquer que cela prend de plus en plus d’ampleur dans la localité. Il le justifie par le fait que le raccordement se fait maintenant dans la capitale de l’Iffou. « Moi, j’ai fait mon raccordement à Bouaké, et comme nous sommes dorénavant nombreux à Daoukro, il existe trois sites de raccordement dans la localité », préciset-il.

Oula Paul va plus loin en accusant la police de complicité : «Certains policiers sont au courant de nos faits et gestes, mais ne disent rien, car nous arrivons à les ‘’gérer’’. Pis, ils ont les numéros de véhicules des utilisateurs et nous appellent les jours où nous ne sommes pas de service ».

La riposte de la police

Face à cette accusation grave, nous avons rencontré, dans la soirée du 29 août, le commissaire de police, Mobio Maxime. « C’est un seul cas dont nous avons connaissance. Et il y a longtemps », a-t-il affirmé. Et pour preuve, il a eu le soutien de ses collaborateurs et même du commandant de la compagnie de Daoukro avec qui l’opération contre ces clandestins a été menée. «Dire que mes collaborateurs sont complices, je ne peux le soutenir. Ces chauffeurs exercent dans la clandestinité et nous ne pouvons soutenir ces agissements si nous le savons. Nous allons, de ce pas, faire une vérification tous azimuts des taxis et vous prouver qu’ils ne sont pas majoritaires. Et que les rares chauffeurs fraudeurs le font à notre insu, sinon ils seraient sous les verrous », a-t-il rassuré.

Ainsi, tôt le lendemain matin, des policiers ont été postés à plusieurs endroits stratégiques de la ville. Nous faisant le point dans la soirée, le commissaire Mobio Maxime a signalé la saisie d’un taxi utilisateur de gaz et que l’opération se poursuivait pour éradiquer ce phénomène.

Une menace de grève en vue

Après le début de la traque des taxis utilisateurs de gaz, les chauffeurs de ces véhicules menacent de faire une grève. L’un de nos interlocuteurs s’indigne contre ce volte-face de la police et soutient que ses camarades et lui vont convaincre tous leurs collègues de la ville à observer un arrêt de travail. « Nous ne comprenons pas pourquoi la police nous charge maintenant. Nous allons convaincre nos collègues qui n’utilisent pas le gaz à nous soutenir à travers un arrêt général de travail, afin de pousser la police à nous laisser tranquille », nous a annoncé, le 30 août, Oula Paul.

À la question de savoir s’ils font le chargement du gaz au vu et au su de la police, il a signifié que le plus souvent, ils se cachent pour le faire. Et avec les nouvelles dispositions prises par la police, ils seront obligés d’accentuer leur clandestinité.

Un danger pour les populations

Les populations empruntent ces véhicules au quotidien, sans mesurer le danger qui les guette. Car souvent, des clients et même des chauffeurs fument à bord de ces taxis. On peut imaginer les dégâts que cela pourrait créer s’il y a une fuite de gaz due à un mauvais raccordement.

Oula Paul reconnaît que des raccordements ne sont pas toujours réussis. Et cela est perceptible à travers l’odeur du gaz que l’on hume une fois dans le taxi. Pour lutter contre ce phénomène, ne devrait-on pas envisager des poursuites contre ceux qui font le raccordement ?

L’un d’entre eux signale qu’ils le font dans les règles de l’art. « Même si c’est défendu, ce n’est pas nous qui demandons à le faire. Nous cherchons notre argent et nous nous mettons à la disposition des chauffeurs, s’ils décident de le faire », déclare Moumouni Touré, spécialiste du raccordement.

Une situation désespérante pour Ky François, le secrétaire général de la mutuelle des chauffeurs de l’Iffou. « Nous déplorons ce comportement d’une partie des chauffeurs de taxi. Ils agissent dans la clandestinité. Nous sommes dans un pays de droit et il faut exercer dans la légalité. Il faut chercher son argent honnêtement en ne faisant pas prendre de risques aux clients. Au niveau de la mutuelle, nous continuons de sensibiliser nos membres, afin d’être dans la lignée de l’Ivoirien nouveau prôné par le Président de la République. Cela passe par le respect de la loi et un comportement citoyen  », a-t-il lancé à l’endroit de ceux qui s’adonnent à cette pratique.

EDGAR YÉBOUÉ
CORRESPONDANT RÉGIONAL
Source : Fraternité Matin

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