Grand carrefour de Koumassi : La grande pagaille !

Accéder à la commune de Koumassi ou en sortir par le grand carrefour, aux heures de pointe, n'est pas chose aisée. Cela relève d'un véritable parcours du combattant.

Il règne, au niveau de ce carrefour stratégique, un tel désordre qui laisse souvent sans voix. Grand carrefour de Koumassi, il est 18h ce vendredi 4 mars 2016. Un gros bouchon se forme au niveau de carrefour, précisément à l'entame du boulevard du 7 décembre.

Rapidement, la circulation ralentit et les instants d'après, le trafic est quasiment paralysé. Impossible d'entrer dans la commune à partir de ce carrefour. Aucun véhicule ne bouge. Les automobilistes, pour la plupart, coupent le moteur de leurs véhicules. Tout le monde attend. Tout est mélangé.

Des agents de police qui procédaient à l'instant au contrôle de pièces de véhicules dans les parages, entrent en scène. Ils tentent de faire reprendre le trafic. On entend à nouveau, le vrombissement des moteurs, même si les véhicules avancent très lentement pour s'arrêter encore après quelques centimètres seulement.

A cette heure-là, on roule très lentement. Alors que les automobilistes des véhicules personnels ont déjà les nerfs à fleur de peau du fait de cet embouteillage montre, des chauffeurs de taxis eux, tentent de se frayer un chemin, dès qu'il y a un mouvement de véhicules et qu'une toute petite opportunité se présente à eux.

Toutes ces manœuvres visent un seul objectif, accéder à la gare de taxis intercommunaux communément appelés ''woro-woro'', située dans le cloison de l'autre côté. Dans un accès de colère, des conducteurs d'autres véhicules lancent des injures et autres invectives à l'encontre de ces chauffeurs de taxis, adeptes de la facilité qui, sans grande précaution et au mépris des règles de conduite, tournent subitement, à cause de l'embouteillage.

Ce genre de comportement à la vérité, est un grand classique des chauffeurs de taxi d'Abidjan. Ceux qui desservent Koumassi ne sont pas en reste. Cette gare de woro-woro du grand carrefour, plus d'une fois, a été déguerpi. Mais à chaque fois, elle renaît de ses cendres.

Pour plus de sécurité, la mairie de Koumassi a fait un cloisonnement afin d'éviter les stationnements anarchiques. Mais l'habitude ayant la peau dure, certains chauffeurs de woro-woro refusent d'entrer dans la gare cloisonnée pour faire le rang. Ils font leur chargement sur le trottoir du boulevard Valery Giscard d'Estaing.

« On fait l'effort de les faire rentrer dans la gare, mais souvent, quand il y a trop de woro-woro, nous sommes obligés de les laisser stationner sur le trottoir, le temps qu'ils chargent. Sinon, nous même, on refuse qu'ils stationnent n'importe comment », explique un syndicaliste.

A ceux-là, s'ajoutent les minicars de transport en provenance d'Aboisso, Bonoua et Bassam qui, en partance pour Treichville, leur destination finale, marquent un arrêt, le temps de prendre des passagers. Eux également stationnent de façon anarchique. C'est peu de dire que la vie des piétons à ce carrefour est constamment en danger.

Les vendeurs à la sauvette Un autre fait attire l'attention de tout visiteur qui entre dans la commune de Koumassi, à partir du grand carrefour. C'est la présence très remarquée de vendeurs et vendeuses d'articles divers (chaussures, vêtements, lampes, produits cosmétiques, poissons frais...) le long du trottoir, du grand carrefour aux feux tricolores de la pharmacie de Koumassi. Ils sont installés à même le sol, de part et d'autre du boulevard du 7 décembre, obligeant les piétons à se faufiler entre eux.

Les résidents de la commune et les visiteurs habituels ont fini par intégrer cette donne. «Nous n'avons pas d'argent pour louer des magasins, nous sommes donc obligés de nous débrouiller ici, sur la route. On sait que c'est dangereux, mais nous n'avons pas d'autres solutions », nous explique dans un français approximatif, Koné Mariam dite Mamou, vendeuse d'articles et de lingerie pour bébé.

Cette dame est installée à ce carrefour, précisément devant une station d'essence, depuis 2005. Certains vendeurs, plus mobiles, n'hésitent pas à accoster les passants pour leur proposer leurs articles. Ces commerçants occupent les lieux uniquement aux heures de pointe.

Les matins, entre 6h et 8h et les soirs à partir de 17h. Ce qui leur permet d'échapper aux taxes municipales. Ces vendeurs à la sauvette sont sur le qui-vive, toujours prêts à décamper dès qu'une opération de déguerpissement inopinée est en cours. Le drame, c'est qu'ils sont exposés aux accidents. D'ailleurs, notre interlocutrice nous informe qu'aucune semaine ne passe sans qu'un vendeur ou même un simple passant ne se fasse renverser par un véhicule.

« Les woro-woro qui font la ligne Koumassi-Port Bouët nous fatiguent. C'est eux qui provoquent souvent les accidents. Ils garent très mal pour prendre leurs clients. Souvent, ils font des dépassements qui s'avèrent dramatiques », accuse Mamou, dont la fillette de 2 ans joue à côté.

Les chauffeurs de woro-woro, eux, pointent un doigt accusateur en direction de ces vendeurs installés sur le trottoir. «A cause des commerçants, on a du mal à stationner. On les cogne toujours parce qu'ils refusent de quitter la voie », lance Abou T., chauffeur de woro-woro.

Au grand carrefour de Koumassi, c'est le désordre qui fait la loi.

Franck SOUHONE
L’Inter

Partagez cet article