Korhogo / Transport de personnes et de marchandises : Les tricycles : Des cercueils roulants

Le phénomène des tricycles devient de plus en plus inquiétant. Surtout dans la cité du Poro où ils sont pour la plupart à l’origine des accidents de circulation. Reportage

Ils sont présents à tous les coins de rue, devant les gares de compagnies de transport, les grandes surfaces, les magasins de stockage, aux alentours du grand marché et des quatre autres petits marchés que compte la ville de Korhogo. Eux, ce sont les tricycles. Des véhicules légers aux deux roues à l’arrière et une roue à l’avant.

Dans la cité du Poro, ils sont communément appelés ‘’Tabalkpeules’’. Une ap- pellation d’origine sénoufo qui signifie ‘’soulever le pied’’. À cause de la difficulté que rencontrent les potentiels passagers pour prendre place à leur bord. En un temps record, ces engins ont envahi la ville. À telle enseigne qu’ils sont en passe de devenir le second moyen de transport le plus utilisé par les populations, après les motos-taxis (2 roues et de couleur jaune).

L’arrivée de ces engins qui a été salutaire pour les populations a permis à celles-ci majoritairement paysannes d’évacuer leurs produits agricoles des champs vers les grands centres de stockages de Korhogo, Ferké, Boundiali, Sinématiali et Ouangolo. Leur nombre a considérablement triplé en si peu de temps.

Du transport de marchandises, aux produits agricoles (vivriers, mangues, anacarde, etc.), les propriétaires de ces locomotives se sont inscrits sur la liste de transports de personnes. C’est un moyen de transport peu coûteux. Par exemple, pour se rendre du Commerce au quartier 14, chaque passager débourse la modique somme de 100 francs sans bagages. Avec bagages, le passager paye 150 ou 200 francs...

Cependant leur présence de façon anarchique inquiète énormément vu qu’ils sont source de nombreux accidents de la circulation. «Le secteur n’est pas réglementé. Les conducteurs de ces engins n’ont pas de permis», déplore Yéo Lassina, responsable d’une PME.

Cet avis est partagé par bon nombres d’usagers. Il est quasiment impossible d’emprunter une voie sans en apercevoir. Ils sont chargés d’hommes et de femmes pour la plupart perchés sur des marchandises. Les usagers des quartiers éloignés l’empruntent pour se rendre au centre-ville.

Le phénomène est beaucoup plus visible les jours de marché où l’exode des populations villageoises vers le chef-lieu de département, est vraiment impressionnant. «Il faut que les autorités administratives prennent des décisions d’interdiction. On peut transporter des produits et autres marchan- dises, mais pas des êtres humains», rejette Evelyne Soro, gérante d’un cybercafé. Pour elle, il faudrait sensibiliser sur les dangers auxquels les usagers s’exposent quand ils empruntent ce moyen de transport.

En effet, Madame Soro garde encore en mémoire l’image de l’accident qui a fait deux morts et plusieurs blessés graves, il y a quelques mois. Ce jour-là, a-t-elle expliqué, «revenant d’une cérémonie festive au village, elle a vu un tricycle bondé de monde tomber dans un ravin. En dehors du conducteur, toutes les victimes étaient des femmes et des enfants».

En effet, outre les ex-combattants reconvertis dans ce secteur d’activité et qui ont reçu de l’Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration (Addr) des motos tricycles et le permis, les autres acteurs ne possèdent pas de sésame. «Ce sont les anciens propriétaires de ‘’pousse-pousse’’, qui se sont reconvertis en conducteurs de tricycles. Ils n’ont jamais été formés dans une auto-école. Le non respect du code de la route est flagrant dans leurs comportements de tous les jours», dénonce Bénogo Soumaïla, commerçant dans la cité du Poro.

Plus de 1000  accidents en 5 mois

Il se plaint du fait que ces conducteurs de motos fassent des surcharges sans être inquiétés par les forces de l’ordre. Depuis son installation à Korhogo, le service du Groupement des sapeurs-pompiers militaires (Gspm) est régulièrement sollicité pour des cas d’accidents impliquant ces engins.

Les chiffres fournis par une source hospitalière en 2014 à l’occasion des fêtes de fin d’année en témoignent. 40 à 50 % des patients reçus aux urgences sont victimes des accidents causés par les motos et taxis-motos (deux et trois roues). Du mois de mars à ce jour, 1066 cas d’acci- dents ont été enregistrés. Parmi ces cas, 625 sont dus aux mototaxis (deux et trois roues).

On note malheureusement 5% de décès et 10 à 15 % de cas compliqués, bien que plusieurs accidents soient réglés à l’amiable. C’est pourquoi les proprié- taires de taxis-voiture, aujourd’hui relégués au second plan depuis l’apparition du phénomène, souhaitent que ce type de transport soit interdit. «En plus de nous faire une concurrence déloyale, ce sont des tombeaux à ciel ouvert. Ils payent moins de taxes que nous et sont plus pro- tégés par la mairie parce qu’ils sont nombreux», se lamente Amidou Coulibaly, chauffeur de taxi.

Selon lui, pour le trajet Korhogo-Napié (21 km), les conducteurs de taxis empochent 500 FCfa par passager. Alors que pour la même distance, ceux des tricycles encaissent 250 à 300F par passager pour 15 à 20 personnes.

Très représentatif au Nord, les tricycles sont dotés de remorque d’une capacité d’environ une tonne. Les prix d’achat va- rient entre 860.000 et 975.000 francs, selon le modèle. Ces ‘’charrettes modernes’’ sont en passe de faire disparaître celles un peu plus anciennes communément appelées ‘’pousse-pousse’’. En attendant que les autorités administratives et communales se penchent réellement sur le sujet, la liste des victimes ne cesse de s’accroître.

Le 16 juin dernier, l’élève Saganogo Aminata Laity, en classe de ter- minale A2 succombait au CHR de Ko- rhogo. Fauchée par un chauffard sur un tricycle, elle a été transportée d’urgence à l’hôpital. Avant elle, c’est un célèbre homme de Dieu venu de Sinématiali qui trépassait aussi dans les mêmes circonstances.

Cheick Timité à Korhogo
Nord Sud

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