Marché de l’automobile de luxe : Les Ivoiriens toujours en quête du meilleur

Dans un marché de l’automobile de luxe qui a évolué depuis la fin de la crise, les 4X4 suscitent toujours un engouement certain chez les consommateurs ivoiriens. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, le low cost fait aussi son entrée dans ces gammes de véhicules de prestige.

Le marché automobile africain concerne 14% de la population de la planète, pour 1,3 million de voitures vendues chaque année, soit 2% de la production mondiale. Inutile d’épiloguer sur les raisons de ce déséquilibre qui est connu de tous. L’Europe, les Etats-Unis et le Japon absorbent aujourd’hui 48 millions de véhicules par an, soit 80% de la production mondiale. En 2050, selon une étude du Fonds monétaire international, cette production aura quintuplé, à 300 millions de voitures par an. Les volumes pour l’Europe, les Etats-Unis ou le Japon ne bougeront pas, la progression viendra des autres pays, notamment de quatre emblématiques nations émergentes : la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil. Pour autant, l’Afrique prendra également sa part. Voilà pourquoi, même si le marché africain est faible en nombre, éparpillé, d’accès difficile, aucun constructeur ne peut s’offrir le luxe de le délaisser.

Schématiquement, on peut répartir le marché automobile africain en trois grandes zones : l’Afrique du Sud et ses pays satellites, avec environ 600 000 voitures. Au nord, l’Afrique méditerranéenne pèse presque le même poids : 600 000 voitures, de l’Egypte au Maroc en passant par la Libye (autrefois), la Tunisie et l’Algérie. Et, entre le Nord et le Sud, environ 70 000 voitures vendues dont 40 000 au Nigeria, 5 000 au Sénégal et autant en Côte d’Ivoire. Dans ce dernier pays, dont le marché de l’automobile était reconnu comme étant l’un des plus dynamiques avant la crise politico-militaire, les ambitions des constructeurs sont toujours aussi grandes. Les modèles de véhicules d’entrée de gamme rivalisent avec les 4X4 suréquipés. Depuis deux ans environ, le marché des véhicules pour particuliers change avec une rapidité inédite. Avec une constante cependant : parce que les routes n’en finissent pas de se dégrader.

La guerre des prix fait rage

Les véhicules de type 4X4 continuent d’occuper le haut du pavé. Selon les chiffres du Groupement interprofessionnel de l’automobile, les voitures de tourisme vendues sont à plus de 75% des 4X4. Sauf que dans cette gamme de véhicules de prestige, c’est le segment low cost, émergent, qui a le vent en poupe. Et les modèles habituels, connus pour leur large choix en options et équipements, sont de moins en moins prisés. Dans le show room de Luxury Cars, entreprise spécialisée dans la vente de voiture de luxe à Abidjan, bien qu’il soit difficile d’obtenir des chiffres constants, les ventes de 4X4 se comportent toujours mieux que les berlines. Chez Socida, concessionnaire officiel de Renault et de Suzuki, les relents de la crise semblent encore visibles. Des voitures de luxe sont en attente d’écoulement. Cependant
les commandes des modèles low cost comme le Dacia Duster sont toujours plus fortes. Et pour cause, le différentiel prix donne à réfléchir. Le Duster (groupe Renault) revient à 12,3 millions FCFA (18 750 euros) pour son modèle Expression et à 13,3 millions FCFA pour le modèle Dynamique (plus riche en option), quand le Grand Vitara coûte entre 21,5 millions FCFA (boîte de vitesse manuelle) et 22,5 millions FCFA (boîte automatique). Du coup, les entreprises se tournent désormais vers le groupe français pour équiper leurs cadres supérieurs.

De nouveaux venus dans ces segments de gamme

D’ores et déjà, les constructeurs chinois tentent de profiter de cette nouvelle tendance du marché pour s’imposer grâce à des coûts de fabrication, et particulièrement de main-d’œuvre, plus bas. Chez Rimco Motors, qui présente les marques Great Wall et Changan, on propose aux consommateurs désireux d’acquérir une automobile des mensualités allant de 150 000 à 180 000 FCFA, sur trente-six à soixante mois. Les mesures de réduction des prix des véhicules d’environ 50% grâce à la réduction des droits de douane de 51% à 12% maximum, l’annulation de la TVA sur les véhicules neufs et la massification des commandes ont ouvert la voie aux choix multiples. Toujours dans l’offre commerciale venue d’Asie, il y a quelques années, les cadres supérieurs ivoiriens considéraient l’enseigne coréenne Hyundai comme une sous-marque. Aujourd’hui, elle fait partie des choix plébiscités par les consommateurs. Mieux, elle représente près de 20% des achats de 4X4.

Néanmoins, cela ne signifie pas que l’on s’achemine vers la mort des 4X4 de prestige traditionnels. Bien entendu, le confort, la sécurité et les performances qui ont convaincu les acheteurs ne sont pas les mêmes que ceux des tout-terrain low cost dont certains ne sont en réalité pas de véritables 4X4 pour n’avoir que deux roues motrices. Mais la clientèle ivoirienne, devenue depuis quelque temps adepte de belles voitures aux calibres impressionnants, ne lésine pas sur les moyens pour s’offrir certaines berlines qu’elle distingue nettement. L’on imagine qu’avec l’amélioration des indicateurs de croissance et le PIB par tête d’habitant qui se stabilise autour de 8,5%, une classe moyenne grandissante devrait conforter ses intentions d’achat dans le secteur de l’automobile de luxe.

Germain Tanoh

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