Pour contourner la visite technique et l’assurance : Des policiers délivrent de faux papillons dans les commissariats

De nombreux automobilistes usent de subterfuges pour ne pas payer l’assurance et passer la visite technique de leurs véhicules. Avec la complicité des commissariats de police.

Sur environ un million de véhicules, seuls 340 mille se soumettent au contrôle technique, a révélé récemment le Directeur général de la Société ivoirienne de contrôles techniques automobiles et industriels (Sicta), Ya Emile.

En effet, de nombreux automobilistes usent de subterfuges pour ne pas s’acquitter de l’assurance et ou passer la visite technique de leurs véhicules. Avec la complicité des commissariats de police.

« Il suffit d’aller prendre un papillon de constat d’accident à la police et lorsqu’on vous arrête à un contrôle, vous le présentez aux forces de l’ordre. Avec ces papillons où il est écrit ‘’accident avec blessure corporelle’’, vos pièces sont censées avoir été retirées pour nécessité de procédure. Et le tour est joué », explique Souleymane, un mécanicien auto.

« Le papillon coûte entre 5 et 15 mille Fcfa selon la durée. Le papillon a un délai d’une semaine, d’un mois voire trois. Vous pouvez le renouveler », explique une source. Selon notre interlocuteur, ce business a cours dans de nombreux commissariats de police.

A Abidjan, un réseau bien organisé règne. Des agents des forces de l’ordre ont des démarcheurs à travers les dix communes d’Abidjan, comme S nous avons pu le constater. Il suffit de les solliciter et le tour est joué en moins de cinq minutes. Ainsi des automobilistes peuvent circuler pendant une année entière sans visite technique et assurance.

Un des flics interrogés reconnaît le phénomène, mais rejette leur responsabilité. « Quand on arrête un véhicule au cours d’un contrôle de routine et qu’il nous tend un papillon d’accident qui montre que ses pièces ont été retirées, nous ne pouvons que le laisser partir d’autant qu’il est signé par un de nos collègues. En plus, il y a un numéro sur lequel on peut appeler pour vérifier », explique le flic qui a requis l’anonymat.

Toutefois, il précise que c’est au risque et péril de ceux qui s’adonnent à cette pratique. « En cas d’accident grave, ils verront le mauvais côté de cette pratique d’autant que le véhicule n’est pas couvert par une assurance et que sa visite technique est périmée. Il se retrouvera en prison pour un long moment sans compter les dépenses à effectuer », explique notre source.

En effet, falsifier un titre de transport ou faire autre arrangement est passible de poursuites pénales pour «faux et usage de faux». Et ce sont des milliards de Fcfa qui échappent aux caisses de l’Etat, chaque année.

Selon les statistiques de l’Office de sécurité routière (Oser), 94 % des accidents sont liés à des facteurs humains, 4% dus aux véhicules contre 2 % en rapport avec les infrastructures routières.

A côté de la fraude sur les papillons, il y a le phénomène de fausses cartes grises, plaques d’immatriculation qui a pignon sur rue. Il suffit de faire un tour à Adjamé Mirador pour s’en rendre compte. Et cela aux yeux et à la barbe des forces de l’ordre. Pourtant, personne n’est interpellé.

Abou TRAORÉ
Source : Le Sursaut

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