Sécurité routière en Côte d’Ivoire : Pourquoi le projet du permis à points ne doit pas disparaître

On est tenté de dire qu’en côte d’ivoire, la route conduit à la mort. Tant nos routes sont à la base de nombreux décès. Le bilan est alarmant et interpelle les autorités publiques. L’ampleur des dégâts causés par les accidents de la circulation est sans appel. Les statistiques dressées par l’office de la sécurité routière (oser) sont éloquentes.

Dans une interview accordée à un quotidien de la place, le 22 octobre dernier, le directeur général de l’oser, dr Echui Aka désiré, a exposé l’ampleur des dégâts. «Nous étions à 6 000 accidents en moyenne en Côte d’Ivoire avec 600 tués par an. Aujourd’hui, nous sommes en moyenne à 9 000 accidents avec un peu plus de 800 tués en moyenne par an», a-t-il affirmé.

L’ACCIDENT TRAGIQUE ET LE CHAUFFARD-FUYARD

Le jeudi 3 août 2017, aux alentours de 19h, un camion transportant des balles de coton arrive de Treichville, l’une des dix communes d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne. il prend la direction du Plateau, le centre des affaires, qu’il compte certainement traverser.

Ce camion lourdement chargé s’engage sur le pont Félix Houphouët Boigny. Quelques minutes plus tard, c’est le drame. En effet, le camion s’incline sur le côté. Des témoins de la scène poussent des cris de détresse. Le conducteur d’un véhicule personnel, immatriculé 3667 f J 01, roulant à proximité du mastodonte se met à hurler de toutes ses forces.

Hélas, il n’a pas le temps de se soustraire de son tragique destin. le camion s’écroule de tout son poids sur sa voiture. On ne l’entend plus crier. Le mastodonte l’a littéralement écrasé. Les autres automobilistes s’arrêtent à la vue de ce drame. Mais pendant qu’ils se lamentent, le chauffeur du camion s’éjecte de sa cabine et se met à fuir. Des personnes se lancent à ses trousses pour le neutraliser afin qu’il assume les conséquences de l’accident qu’il vient de provoquer.

Malheureusement, c’est peine perdue. Il a réussi à semer ses poursuivants, à la faveur de la pénombre. Les sapeurs pompiers arrivent sur les lieux. Il n’y avait plus rien à faire pour l’occupant de la voiture personnelle. Son corps sans vie est extrait de l’amas de ferraille. Identifié au nom d’Armand Kouadio Koffi, ce jeune cadre de banque a connu une mort tragique.

Informée, la police engage automatiquement des recherches en vue de retrouver le chauffard fuyard. comme on le constate, ce chauffeur inconscient a provoqué un accident qui a coûté la vie à une personne. Les tristes exemples de ce genre sont légion.

Le lundi 4 décembre dernier, des accidents de la route se sont produits dans les départements d’Issia et d’Adzopé. On dénombre plusieurs morts et des blessés graves.

CONTESTÉ PAR LES SYNDICATS DE TRANSPORTEURS

L’excès de vitesse constitue la cause de nombreux drames. Ce qui corrobore les affirmations du directeur général de l’oser qui soutient que la plupart des accidents de la route sont le fait des conducteurs. Le non-respect des feux tricolores, l’excès de vitesse, le stationnement gênant sont autant les causes à l’origine de plusieurs accidents de la route.

Le gouvernement, en vue de faire face à l’incivisme des conducteurs, a adopté, le jeudi 3 novembre 2016, en conseil des ministres, une nouvelle réglementation qui vise à instaurer le permis de conduire à points. Solution innovante pour la sécurité et la fluidité routière, le permis à points a un fonctionnement original, adapté et pratique dans n’importe quel pays. Expérimenté pour la première fois aux Etats-Unis en 1974, il a une vocation pédagogique et préventive.

Ce système est en vigueur dans plusieurs pays dont la france (1992), la Pologne (1993), la Grande-Bretagne (1995) etc. Doté d’un capital de 12 points comme en France et aux Etats-Unis, il incite à une conduite plus responsable. Il vise non seulement à identifier et sanctionner les mauvais conducteurs, mais à réduire les infractions liées au code de la route et à lutter efficacement contre les accidents de la route.

LE FONCTIONNEMENT DU PERMIS À POINTS

Le principe est qu’un conducteur qui commet une infraction au code de la route se voit retirer des points sur son permis de conduire. Toutes les infractions ne sont pas soumises au retrait des points.

C’est le cas de certaines contraventions frappées de simples amendes. A savoir fumer au volant, non-respect du feu orange ou encore conduire sans permis ou sans assurance-auto. Mais plus l’infraction est grave, plus le nombre de points retirés est important.

En cas d’infractions répétées, le détenteur du permis de conduire peut se voir retirer tous ses points et son permis de conduire pour une durée de six mois.

Selon l’ex-ministre des transports, Gaoussou Touré, l’instauration de ce nouveau permis n’occasionne ni examen à subir, ni document administratif à établir, ou de paiement d’argent de la part des usagers.

Le permis à points a été contesté par les associations et syndicats de transporteurs. On a reproché au système d’être trop répressif, une multiplicité des radars et des limitations de vitesse jugées abusives.

Aujourd’hui, les statistiques en matière d’accidents de la route sont alarmantes. En pareilles circonstances, l’heure est donc à l’action.

L’instauration du permis à points est-elle toujours d’actualité ? «Oui. C’est une préoccupation certaine. Les textes ont été pris pour l’instauration du permis de conduire à points», répond le patron de l’oser, Dr Echui Aka désiré. Mais en vérité, la mise en exécution de cette mesure tarde à se faire.

A cause notamment de l’opposition des acteurs du secteur du transport en côte d’ivoire et la valse hésitation du gouvernement ivoirien. Alors que les chauffeurs de taxis, de minicars gbaka et des cars de transport continuent de fouler au pied les règles du code de la route, même les plus élémentaires. En toute impunité. Mettant ainsi en danger la vie des passagers.

Source : Notre Voie

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