Transport à Abidjan : Quand les « gnambro » continuent de faire la « loi »

Huit heures 30. Adjamé. L’une des communes les plus bouillonnantes d’Abidjan. De longues files de personnes attendant des véhicules de transport en commun sont visibles à plusieurs endroits.

Au carrefour Liberté, à la gare de taxis communaux communément appelé ‘’woro-woro’’, entre vrombissement des moteurs de voitures, fumée de pots d’échappement et cris des commerçants, on s’y perd un peu.

Noël Koné est chauffeur de taxi depuis maintenant 6 ans. Pressé, il sort de son véhicule, une cigarette à la main, pour laisser le temps à Madou, le ‘’chargeur’’, d’installer les passagers à bord du véhicule. « Mairie, mairie avec monnaie », crie Madou aux clients. De nombreux petits jobs existent dans le milieu des transports en commun.

En effet, dans le secteur des ‘’gbaka’’, on trouve des apprentis qui sont chargés de rechercher des passagers. Ceux qui jouent ce rôle pour les chauffeurs de ‘’woro-woro’’ sont appelés des ‘’chargeurs’’.

A côté d’eux, il y a les « syndicats » ou « gnambro». Postés aux différentes gares de transport, ils dictent leur loi aux chauffeurs et passagers. Ibrahim traoré est l’un d’eux. Membre du Syndicat national des transporteurs solidaires de Côte d’Ivoire, il officie sur la ligne Adjamé-plateau, aux 220 Logements. Son ‘’quittancier’’ en main, il impose un ticket coûtant 100 F à tout chauffeur qui stationne sur ‘’son espace’’.

En outre, le chargement du véhicule est facturé en raison de 100F par passager. « Celui qui ne s’acquitte pas de cette somme ne peut pas travailler ici », explique Ibrahim. « Nous sommes chargés de défendre la cause des chauffeurs et la sécurité des transporteurs », justifie-t-il.

Nombreux sont les jeunes qui exercent cette activité dans les gares de véhicules de transport réparties dans le district d’Abidjan. Ils se sont autoproclamés ‘’syndicats’’ pour fuir le chômage. Être syndicat est « une activité comme tout autre », lâche Adama, syndicaliste à la gare de Bassam. « Ce métier me permet de subvenir aux besoins de ma famille et d’honorer mes factures », précise-t-il, tout fier. Mais d’où tirent-ils leur légitimité ?

Certains ‘’syndicats’’ se déclarent propriétaires de territoires. Le territoire étant la gare où stationnent les véhicules de transport. « Ce sont des racketteurs qui nous prennent une partie de notre recette pour une soi-disant taxe de stationnement », s’indigne Noël, chauffeur de taxi à Adjamé.

Malgré des heurts, une bonne collaboration semble exister entre ces derniers et certains chauffeurs. Simon Sawadogo, chauffeur de « woro woro » dans la commune de Koumassi, le confirme. « Nous avons besoin d’eux, ils nous aident beaucoup à éviter les embouteillages. Car ils permettent à chaque chauffeur de charger selon un ordre d’arrivée ».

Une chose est sûre, la fin du phénomène des ‘’syndicats’’ n’est pas pour demain. à Cocody, la commune chic où réside le président de la république, le conseil municipal a essayé en vain de les interdire. Les nombreuses grèves des chauffeurs de taxi communaux n’y ont rien changé .

HÉLÈNE SEBOGO Stagiaire
Source : Fraternité Matin

Partagez cet article