Transport en commun à Abidjan : Ces dangers qui guettent les usagers

Des chauffeurs de ‘‘ gbaka’’ qui conduisent dangereusement, des chauffeurs de taxi qui, de plus en plus, se muent en braqueurs... Super-marché Cap nord, Riviera III.

Vendredi 26 juin, il est 10h. Aristide Konan, homme d’une quarantaine d’années, attend un taxi pour se rendre à son bureau au Plateau. Dans son costume bleu marine, mallette noire en main et visiblement pressé, il consulte sans cesse sa montre. Il trouve que le taxi est le moyen de transport le plus agréable et le plus sûr à Abidjan. « Je ne veux pas emprunter les transports en commun avec des personnes que je ne connais pas. Pour des raisons de sécurité et surtout de temps» , dit-il.

Il tend le bras pour héler un taxi compteur. Bien que ce moyen de transport soit relativement cher, la course entre le Plateau et Cocody tourne en moyenne autour de 2000 FCfa, les Abidjanais sont nombreux à l’emprunter. Mais ce n’est plus le cas d’Eunice Fatouma Yao. « Je n’emprunterai plus jamais un taxi », jure-t-elle.

La jeune fille d’une vingtaine d’années raconte qu’elle a été victime d’une agression, un soir, alors qu’elle rentrait chez elle en taxi. « J’ai quitté Yopougon et je rentrais chez moi à Marcory. Il était 23h. Le chauffeur a fait un détour et on s’est retrouvé dans un garage à Treichville. Là, trois autres personnes l’attendaient, il a ouvert la portière et m’a ordonné de descendre, couteau à la main. Je tremblais comme une feuille. Ils ont pris mon sac et mes téléphones. Et l’un d’entre eux s’est mis à me tripoter. Après, ils m’ont abandonnée dans ce garage », détaille-t-elle.

Deux ans après cette agression, l’émotion reste encore vive et le dégoût aussi. « Depuis j’ai une peur bleue de tout ce qui est taxi, aussi bien les compteurs que les wôrô-wôrô », conclut Fatouma Yéo. Elle ne se déplace plus qu’en gbaka ou en bus.

Ce jour-là, elle attend un ‘’gbaka’’ à Adjamé, non loin de l’ex-cinéma Liberté. Après 15 mn d’attente, un véhicule se positionne devant le rang où elle fait la queue. Les 15 premières personnes s’y instal- lent. Fatouma n’a pas pu monter. « Vous voyez, il y a au moins 20 personnes dans un ‘’gbaka’’. Il est donc difficile d’agresser tout ce monde », argumente-t-elle, en cherchant du regard un autre ‘’gbaka’’.

10 mn plus tard, un autre minicar arrive. L’apprenti en descend et court vers les personnes alignées en criant : « Marcory, Koumassi, alignez-vous avec la monnaie ». Un sourire se dessine sur le visage de Fatouma alors qu’elle regarde ce jeune homme torse nu et portant des dreads locks courir dans tous les sens. « Les gens disent que les chauffeurs de gbaka et leurs apprentis sont des drogués, qu’ils conduisent mal, mais ce n’est pas mon problème », soutient-elle. « L’essentiel, c’est que je me sens plus en sécurité dans leur véhicule », dit-elle en montant à bord du véhicule.

Une autre passagère rencontrée dans la même gare n’est pas du même avis. Elle affirme que la sécurité à laquelle Fatouma fait allusion n’est pas absolue. « En fait, les chauffeurs de gbaka conduisent très mal, les apprentis sont impolis. Ils n’ont aucune considération pour les clients », dénonce-t-elle. Le pire, pour elle, c’est que la plupart de ces minicars sont en mauvais état.

A Abidjan, il y a aussi les véhicules appelés ‘’wôrô-wôrô’’. Ils sont classés parmi les transports en commun les plus utilisés à Abidjan. À la gare de ‘’wôrô-wôrô’’ de Treichville, non loin du grand marché, en ce matin du 26 juin, cinq véhicules sont alignés. Le premier est à moitié chargé.

Une passagère, Mme Koné, confie que ’est son moyen de transport de prédilection. « Il n’y a que 4 personnes en plus du chauffeur, il y a donc moins de désagréments. Mais à une certaine heure de la nuit, je me méfie d’eux aussi », déclare-t-elle. Et pourquoi ? « Ma nièce a été agressée un soir, dans un ‘’wôrô-wôrô’’. Les 4 autres personnes dans le véhicule étaient dans le coup. Ces bandits l’ont dépouillée de tous ses biens. Après, on a appris qu’ils avaient même volé le véhicule », révèle-t-elle.

Si les ‘’gbaka’’ et les ‘’wôrô-wôrô’’ ont une grande importance dans les transports à Abidjan, il faut noter que le bus reste bien en place dans le cœur des Abidjanais. Il a été considéré, pendant longtemps, comme le moyen de transport le plus sûr.

Malheureusement, cette réputation a été mise à mal par de graves accidents qui ont choqué les Ivoiriens. Particulièrement celui du 5 août 2011 qui a occasionné 37 morts. Ce jour-là, un bus est tombé dans la lagune. Au terminus de la ligne 85, à Yopougon. Un bus stationne. Des passagers se bousculent devant ses portes. Ils veulent tous occuper les places assises. Empêchant, du coup, ceux qui sont à l’intérieur de descendre.

Moussa Fofana, la vingtaine, réussit à se dégager. Un soulagement se lit sur son visage. « C’est le moyen de transport le moins cher. Je suis étudiant. Je n’ai pas le choix. Je suis obligé d’emprunter le bus malgré l’inconfort. Les chauffeurs roulent vite, il y a trop de monde. Sans compter les pick-pockets qui y pullulent. Le bus, c’est affreux !», conclut-il, tout en vérifiant si son porte-feuille et son portable sont toujours dans ses poches.

Anita Kouadio, une adolescente vêtue d’une tenue sexy, qui vient de descendre d’un 85 ajoute : « On est trop coincé dans le bus. Il y a des pervers qui tripotent les filles, sans oublier ceux qui dégagent des odeurs nauséabondes ».

En somme, se déplacer en ‘’gbaka’’, ‘’wôrô-wôrô’’, bus ou taxi dépend des moyens et des appréhensions de tout un chacun quant à sa sécurité et son confort.

J. BENJAMINE KABORÉ
Source : Fraternité Matin

 

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