Transport en commun : Surenchère, surcharge..., la galère des usagers

Si la capitale économique change de visage, à travers la construction de grandes infrastructures, le transport en commun continue de ELF (stagiaire) baigner dans l’informel avec son lot de problèmes. Notre enquête.

Dur, dur de se déplacer à Abidjan. Surtout pour les usagers des transports en commun. Il est 7 h 30 ce lundi, premier jour de travail, à la gare de Bassam dans la commune de Treichville. La couche de brouillard matinal tarde à se dissiper, plusieurs personnes attendent les premiers mini-cars communément appelé «gbaka». «Adjamé ‘’liberté’’ monter avec les 400 FCfa», invitent, en chœur, les apprentis.

Hormis quelques passagers qui embarquent le pas lourd, le gros du contingent scrute la rue 38 attendant d’autres véhicules. Que se passe-t-il donc ? C’est que les prix indiqués par les aide-chauffeurs sont presque le double du tarif normal. «Chaque fois, c’est le même refrain. C’est parce que nous ne sommes pas solidaires et qu’ils trouvent tout de même des clients qu’ils ont toujours le courage de continuer. Sinon, si personne ne monte à ce prix, ils vont appliquer le tarif normal», rouspète Vassiriki Koné, visiblement remonté par cette situation.

Pour ce trentenaire, cette situation fréquente aux heures de grande affluence n’est rien d’autre que de l’escroquerie. Dame Koné dans la commune de Cocody est du même avis. «Les conducteurs de taxis communaux ont trouvé la parade pour grever notre budget de transport», expose-t-elle. Aux heures d’affluence, détaille-t-elle, ils raccourcissent les distances vous obligeant à regagner votre destination en deux temps. Par exemple, illustre-t-elle, quand vous êtes à Angré les Oscars que vous voulez vous rendre à Cocody au carrefour la vie, vous ne trouverez pas un taxi pour vous y amenez directement. Ces derniers vous obligent, continue-t-elle, à faire escale aux II-Plateaux avant de rallier Cocody. Ainsi, conclut-elle, là où vous auriez dû débourser 250F voire 300 F pour votre déplacement, vous êtes contraint de sortir 500F minimum. «C’est dommage !», se résigne-t-elle.

Cette ruse n’est pas l’apanage des conducteurs de Cocody. A Yopougon, Sébastien Koffi soutient être quotidiennement victime de cette pratique des chauffeurs pour soutirer plus d’argent aux usagers. «Les matins entre 7 h et 9 h et les soirs de 17 h à 18 h, il est impossible d’avoir un gbaka pour se rendre directement à Adjamé, par exemple. Les gbakamen (conducteurs de gbaka, Ndlr) vous obligent à transiter par la Siporex avant de rejoindre Adjamé. Et donc vous devez prévoir deux fois le coût du trajet», dénonce-t-il.

Du côté des chauffeurs, on relativise la situation. «Nous n’appliquons pas véritablement les tarifs de transport, Adjamé-Yopougon normalement, c’est 300 F, mais les clients négocient le plus souvent à 200 F», fait remarquer Abdoulaye Koné, chauffeur de mini-car à Yopougon. C’est, selon lui, pour combler le manque à gagner pendant les moments difficiles qu’aux heures d’affluence, ils pratiquent les ‘’vrais prix’’.

BUS, BATEAUX, PINASSE: LA SUR- CHARGE DEVIENT LA RÈGLE

Ici, on respecte le tarif et les trajets. Toutefois, il y a un bémol: on semble s’accommoder du dépassement du nombre de passagers autorisés. C’est même en train de devenir la règle. Il est 18 h 30, ce même lundi, le centre des affaires se vide et les populations comme à l’accoutumée effectuent le trajet inverse fait le matin pour regagner leurs lieux d’habitation.

C’est qu’Abidjan est une zone pendulaire : les habitants se déplacent dans un sens (des lieux d’habitation vers les lieux d’activités).

Dans le bus de la ligne 03, qui dessert les communes de Marcory et Adjamé via le Plateau, O. Ouattara dégoulinant de sueur suffoque, coincé entre plusieurs voyageurs. Le bus venant d’Adjamé est archicomble.

Cependant, au niveau de la Place de la République au Plateau, le machiniste marque l’arrêt. Ce qui est un acte normal suscite le courroux des passagers. «Chauffeur y a pas places, c’est bourré, allons-y», protestent-ils en chœur.

Les passagers au niveau des portières empêchent l’ouverture de celles-ci. Au quai, les passagers impatients se plaignent de ne pouvoir pas embarquer, indiquant par des gestes de dépit des places à l’intérieur de l’engin.

A la gare lagunaire de Treichville, la longue file indienne donne le tournis. Après l’embarquement, plusieurs passagers se retrouvent debout dans le bateau. Irène Yehou ne trouve pas d’inconvénient à être dans cette posture. «Il n’y a pas suffisamment de bateaux, on préfère rentrer même arrêtés sinon on risque de passer de nombreuses heures au quai».

Le décor est identique à quelques encablures de là où plusieurs personnes attendent d’embarquer dans une pinasse. Alors, on s’engouffre comme on peut dans la première barque venue. Aux heures d’affluence, ce sont des bousculades offrant un triste spectacle.

Combien faut-il de passagers pour remplir la pinasse ? Impossible de répondre à cette question. Seul celui qui est chargé d’encaisser les clients juge du chargement de l’embarcation. C’est tout dire.

ELF (Stagiaire)
Nord Sud Quotidien

Partagez cet article