Transport routier : Le prix du carburant baisse, mais les coûts du transport inchangés.

Les cours mondiaux du pétrole connaissent une chute. Mme Christine Lagarde, la patronne du FMI, prévient même que cette baisse va aller decrescendo, mais les tarifs de transport ne bougent pas.

Depuis plus d’un an, le prix du baril de pétrole a régulièrement chuté, à près de 60% passant de 115 dollars (environ 57.500 F CFA) à moins de 50 dollars (environs 25.000 F CFA) sur le marché international.

En Côte d’Ivoire, comme partout ailleurs, le système en vigueur est le mécanisme de la répercussion automatique du prix en fonction du coût du baril au niveau mondial. Et depuis que les cours du baril ont amorcé leur tendance baissière, les prix à la pompe ont également suivi.

Cette situation s’est répercutée sur le prix du carburant: le litre du gasoil est passé de 580 à 570 F Cfa et le super de 680 à 620 F Cfa. Malheureusement, ces baisses n’ont eu aucune incidence sur les coûts du transport qui sont restés inchangés...

«Tribune Ivoirienne» a sillonné plusieurs gares routières pour prendre le pouls de la situation. Première destination, la commune cosmopolite et commerciale d’Adjamé. Située au nord de la capitale économique, Adjamé abrite la plus importante gare routière du pays.

Toutes les compagnies de transport qui desservent les autres villes de la Côte d’Ivoire et même des pays limitrophes y ont au moins une station. A partir de cette localité, l’on peut facilement se rendre dans les autres communes d’Abidjan. Il est 6 heures 45 minutes, les minicars communément appelés Gbaka en provenance des communes d’Abobo, de Yopougon et de Bingerville sont bourrés de monde.

A cette heure de la matinée, le trajet Abobo-Adjamé, coûte 200 F Cfa à l’instar de celui de Yopougon-Adjamé. Quand il faut débourser 300 F Cfa pour rallier Bingerville à Adjamé. Ces coûts ne sont pas négociables et les chauffeurs ne sont pas tendres avec ceux qui veulent négocier leur tarif.

«Matin bonheur-là, celui qui n’a pas l’argent n’a qu’à descendre; transport-là, c’est 200 F ou rien», lâche, dans un français approximatif, Ibrahim Dosso, apprenti chauffeur sur la ligne Abobo-Adjamé. Idem pour les autres Gbaka en provenance de Bingerville et de Yopougon.

Pour quelques chauffeurs interrogés, les prix appliqués existaient avant les baisses du prix du carburant. Aussi, ne voient-ils pas pourquoi ils seront astreints à un ajustement perpétuel des prix. «Nous, les «gbakamen», nous faisons du social. Nous sommes moins chers. Regardez, pour venir à Adjamé, il faut payer 200 F Cfa alors que pour retourner à Abobo, c’est 100 F Cfa seulement ! Ce sont les autres (taxis) qui sont chers», accuse Adama Bakayogo, chauffeur de Gbaka à Yopougon.

Et d’ajouter: «Ce n’est pas à cause de 10 F Cfa qu’ils (gouvernement) ont enlevé sur le gasoil, on va transporter gratuitement les gens. Nous payons de l’argent aux syndicats du transport et le tarif ne peut pas changer. Que fait le gouvernement pour mettre fin à cette forme de racket qui est devenu un fait banal?» botte-t-il en touche.

Les compagnies de transport de renom bien connues comme l’Union des transports de Bouaké (UTB) n’ont pas répercuté ces baisses du prix du carburant sur le coût du transport. Adjamé-Bouaké est toujours à 6000 F Cfa. Il en est de même pour le trajet Adjamé-Yamoussoukro qui est à 4000 F Cfa, et Adjamé-Daloa coûte toujours 6000 F Cfa...

Comme alternative, les voyageurs qui n’ont pas assez de moyens ont recours aux Massa (minicars) qui sont prisés par les populations à cause de leur rapidité et surtout de leurs coûts peu élevés. Par exemple, pour le trajet Adjamé-Divo ou Abidjan-Toumodi, le prix est compris entre 1.500 et 2.000F, quand pour Abidjan-Daloa, les usagers déboursent entre 4.000 et 5.000FCFA.

Ces minicars n’ont pas de trajets particuliers. Ils vont là où il y a plus de clients. Un Massa qui quitte Adjamé pour Bouaké, peut se retrouver à Man, si au cours du trajet, des clients en font la demande. Que disent les syndicats des transporteurs du refus de faire jouer jusqu’au bout de la chaîne, le principe du mécanisme d’ajustement automatique des prix ? Pour quelques-uns d’entre eux, la cause n’est pas du tout entendue.

Certains acteurs du transport estiment que les baisses enregistrées sont peu pour qu’ils puissent revoir à la baisse le prix du transport. «C’est très peu. Dans la sous-région, il y a des pays où le carburant est moins cher qu’en Côte d’Ivoire. Avant, le litre du carburant était à 475 F Cfa, suite aux augmentations successives, on est passé à 720 F Cfa, pour ensuite revenir à 620 F Cfa. Nous payons trop cher les taxes. Si le gouvernement veut qu’on réduise les coûts, qu’il diminue encore le carburant. Ainsi, nous pourrions transporter les personnes et les biens», propose Olivier Dan, chef de gare à la gare Azur-Angré.

Quant à Hirié Daniel, chauffeur de taxi communal à Cocody, il atteste que les taxis communaux appliquent, à leur manière, une réduction du prix du transport: «Les clients lorsqu’ils montent, ils négocient avec nous,» avouet-il.

Un constat. L’anarchie qui règne dans le secteur du transport, le manque d’associations de consommateurs capables de défendre les intérêts des populations, laissent libre cours à toutes sortes d’abus...

Arnaud HOUSSOU
Tribune Ivoirienne

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